Massacres en Iran, pourquoi émeuvent-t’il si peu les français ?
Enquête sur un silence français
Alors que l’Iran traverse l’une des répressions les plus violentes de ces dernières années, un paradoxe frappe : en France, le sujet reste étonnamment discret. Peu de couverture médiatique, peu de prises de position politiques, peu de mobilisation populaire. Pire encore, les Iraniens qui manifestent sur le sol français pour soutenir leurs compatriotes sont parfois accueillis par des réactions agressives sur les réseaux sociaux.
Comment expliquer ce silence relatif, voire cette hostilité inattendue ? Enquête.
1. Un black-out informationnel orchestré par Téhéran
Depuis le début des manifestations, les autorités iraniennes ont multiplié les coupures d’Internet, restreint l’accès aux réseaux sociaux et empêché les journalistes étrangers d’entrer sur le territoire.
Résultat : peu d’images, peu de vidéos, peu de témoignages directs.
Or, dans l’écosystème médiatique contemporain, l’image est reine. Sans elle, l’indignation peine à émerger. Les rédactions françaises, privées de matière visuelle, relèguent le sujet au second plan, malgré les alertes répétées d’ONG internationales.
2. Une hiérarchie médiatique saturée
Les médias français évoluent dans un environnement où les crises se succèdent : tensions politiques internes, inflation, conflits proches géographiquement ou culturellement.
Dans cette compétition permanente pour l’attention, l’Iran apparaît comme un sujet lointain, complexe, difficile à expliquer en quelques minutes de journal télévisé.
Les rédactions privilégient les thèmes qui génèrent de l’audience immédiate. L’Iran, malgré la gravité des faits, ne parvient pas à s’imposer durablement dans l’agenda médiatique.
3. Une prudence politique calculée
Les responsables politiques français s’expriment peu.
Plusieurs raisons expliquent cette retenue :
- la France dispose de peu de leviers d’action directs sur le régime iranien,
- toute prise de position peut être interprétée comme une ingérence,
- le sujet mobilise peu électoralement.
Dans un contexte politique tendu, beaucoup préfèrent ne pas s’exposer.
4. Les artistes et personnalités publiques hésitent
Contrairement à d’autres causes internationales, l’Iran ne bénéficie pas d’un « camp » clairement identifié dans l’imaginaire collectif français.
S’exprimer sur ce sujet exige :
- une compréhension fine de l’histoire iranienne,
- une prise de risque politique,
- une exposition à des polémiques.
Beaucoup de personnalités publiques choisissent donc la prudence.
5. Le public français : empathie limitée et fatigue émotionnelle
Le peuple français n’est pas indifférent par nature. Mais il est épuisé par des années de crises successives.
Cette saturation émotionnelle entraîne :
- un repli sur les préoccupations nationales,
- une difficulté à se mobiliser pour des causes lointaines,
- une forme de cynisme ou de distance.
Sans images fortes, sans récit incarné, l’Iran reste abstrait pour une partie du public.
6. Sur les réseaux sociaux : agressivité, projections et incompréhensions
Les Iraniens qui manifestent en France pour soutenir leur peuple se heurtent parfois à des réactions hostiles.
Plusieurs mécanismes expliquent ce phénomène :
Les réseaux amplifient l’agressivité
Les plateformes favorisent les réactions impulsives et polarisées. Les discours nuancés circulent peu.
L’Iran est mal compris
Beaucoup de Français connaissent mal l’histoire iranienne, ce qui ouvre la porte aux amalgames et aux fantasmes.
Les débats français se projettent sur la diaspora
Certains internautes interprètent les manifestations iraniennes à travers leurs propres obsessions nationales : laïcité, immigration, islam politique.
Les manifestants deviennent des symboles, non des individus.
La désinformation joue un rôle
Des comptes — parfois coordonnés — diffusent des messages minimisant la répression ou attaquant la diaspora.
Le soutien existe, mais il est moins visible
Les messages de solidarité sont souvent plus discrets, moins viraux que les attaques.
7. Une diaspora qui se bat pour être entendue
Face à ce silence relatif, la diaspora iranienne en France tente de faire entendre sa voix :
- manifestations,
- tribunes,
- relais d’informations,
- actions auprès des ONG.
Mais sans relais médiatique massif, leur mobilisation peine à toucher le grand public.
8. Une incompréhension politique : le paradoxe de certains soutiens de gauche
En France, une partie des responsables politiques classés à gauche se montre traditionnellement favorable :
- au respect des identités religieuses,
- à la liberté de porter le voile,
- à la lutte contre les discriminations visant les musulmans.
Ce positionnement, fondé sur des principes d’antiracisme et de liberté individuelle, les conduit parfois à mal interpréter les revendications des Iraniens.
Car en Iran, le voile n’est pas un choix : c’est une obligation imposée par l’État, sous peine de prison, de torture, voire de mort.
Les femmes qui se battent pour ne pas le porter ne rejettent pas une religion, mais réclament le droit de choisir.
Ce paradoxe crée une gêne chez certains responsables politiques français :
- ils soutiennent le port du voile comme liberté en France,
- mais peinent à soutenir son rejet comme liberté en Iran.
Résultat : un silence, une confusion, voire une absence de solidarité explicite.
Conclusion : un silence qui interroge
Le faible écho des massacres en Iran en France n’est pas le signe d’une indifférence morale, mais le résultat d’un ensemble de facteurs :
absence d’images, saturation médiatique, prudence politique, fatigue émotionnelle, incompréhensions culturelles et agressivité amplifiée par les réseaux sociaux.
Pourtant, derrière ce silence, une réalité demeure : des hommes et des femmes risquent leur vie pour réclamer des droits fondamentaux.
Et la diaspora, en France, continue de se battre pour que leur voix ne s’éteigne pas.



