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Mobilités douces ?

mobilités douces

Quand la bonne idée vire à l’anarchie urbaine

Les mobilités douces étaient censées incarner l’avenir radieux de nos villes : moins de bruit, moins de pollution, plus de fluidité. Sur le papier, trottinettes, vélos, gyroroues et autres engins légers promettaient une révolution apaisée. Dans la réalité quotidienne, c’est souvent une chorégraphie chaotique où chacun improvise ses propres règles — et où piétons comme automobilistes jouent les figurants effrayés.

Quoi qu’en disent ou pensent les élus de tous bords, souvent adeptes de la méthode Coué, la réalité est affligeante, il y aura des morts !

Trottinettes : la liberté… sans frein

  • Elles surgissent, disparaissent, zigzaguent, slaloment entre poussettes et terrasses.
  • Le feu est rouge ? Un détail.
  • Le trottoir est plein ? Un défi, je fonce !
  • Le casque ? Une option folklorique.
  • La vitesse, débridée
  • Éclairage nocturne, bof !

La trottinette électrique, symbole d’agilité urbaine, est devenue pour beaucoup l’emblème d’une micro-anarchie quotidienne. Pas par méchanceté, mais par une sorte de croyance diffuse que « ça ne compte pas vraiment ».

Vélos : entre vertu écologique et incivilités

Le cycliste français, lui, oscille entre deux pôles :

  • le militant vertueux, qui revendique son droit à la ville,
  • et le funambule pressé, qui considère que les feux rouges sont des suggestions poétiques.

Les pistes cyclables, encore trop rares ou mal connectées, n’aident pas. Résultat : une cohabitation tendue, où chacun se sent légitime et chacun se sent menacé.

Piétons : les oubliés du progrès

Ironie suprême : dans la ville « douce », le piéton est devenu l’espèce la plus vulnérable.
Il doit désormais anticiper les trajectoires improbables, les dépassements silencieux, les freinages tardifs. Traverser un passage piéton relève parfois du pari existentiel.

Automobilistes : coupables désignés, mais pas seuls en cause

Longtemps accusés de tous les maux, les automobilistes découvrent qu’ils ne sont plus les seuls à semer le chaos.
Ils doivent désormais composer avec des engins rapides, imprévisibles, parfois invisibles.
Le partage de la route devient un exercice de diplomatie nerveuse.

Une anarchie bien française

Ce désordre n’est pas seulement technique, il est culturel.
La France adore les règles… mais encore plus l’art de les contourner.
Les mobilités douces ont simplement offert un nouveau terrain d’expression à ce génie national :

  • l’individualisme pressé,
  • la créativité dans l’infraction,
  • et la conviction intime que « ça ira ».

Pourtant, tout n’est pas perdu

La solution ne réside ni dans la répression aveugle, ni dans la nostalgie de la voiture reine.
Elle passe par :

  • des infrastructures cohérentes, continues, lisibles,
  • une éducation à la mobilité réellement partagée,
  • et un changement culturel : comprendre que la ville est un espace commun, pas un terrain de jeu individuel.

Les mobilités douces peuvent être une chance extraordinaire.
Mais pour qu’elles deviennent vraiment « douces », il faudra apprendre à ralentir, à respecter, à cohabiter.
Bref, à faire mentir cette anarchie si délicieusement française.