Kurdes, peuple si souvent trahi
Un peuple sans État mais jamais sans âme
Le destin du peuple kurde est l’un des plus singuliers et des plus poignants du Moyen‑Orient. Répartis entre la Turquie, l’Irak, la Syrie et l’Iran, les Kurdes forment l’une des plus grandes nations au monde dépourvue d’État. Leur histoire est marquée par des promesses non tenues, des répressions violentes, mais aussi par une résilience et un courage qui forcent l’admiration.
Ce peuple, souvent oublié des grandes puissances, a pourtant joué un rôle décisif dans les moments les plus sombres de l’histoire récente, notamment face à l’État islamique. Et malgré les trahisons répétées, il continue de se relever, de créer, de chanter, de rêver.
1. Un peuple ancien, une identité profonde
Les Kurdes sont un peuple indo‑européen dont les racines plongent dans l’Antiquité. Leur territoire historique, le Kurdistan, s’étend sur une vaste zone montagneuse, véritable colonne vertébrale de leur identité.
Ils ont conservé :
- une langue riche (kurmanji, sorani, zazaki…)
- une culture vibrante, mêlant poésie, musique, hospitalité
- un sens aigu de la solidarité
- une mémoire collective façonnée par la résistance
Leur identité n’a jamais été effacée, malgré les frontières modernes et les politiques d’assimilation.
2. Le partage du Moyen‑Orient : la promesse brisée
Après la Première Guerre mondiale, le traité de Sèvres (1920) évoquait la possibilité d’un État kurde. Cette promesse n’a jamais été tenue. Le traité de Lausanne (1923) a redessiné les frontières sans mentionner les Kurdes, les répartissant entre quatre pays.
Ce moment fondateur a déterminé un siècle de marginalisation, de luttes et de souffrances.
3. Répressions et massacres : une histoire douloureuse
Dans plusieurs pays, les Kurdes ont subi des politiques de répression, documentées par de nombreuses organisations internationales :
- en Turquie : assimilation forcée, conflits armés, interdictions linguistiques
- en Irak : la campagne Anfal (1988), orchestrée par le régime de Saddam Hussein, a causé des dizaines de milliers de morts, dont le massacre chimique de Halabja
- en Syrie : privation de droits civiques pendant des décennies
- en Iran : répressions régulières des mouvements kurdes
Ces violences ont laissé des cicatrices profondes dans la mémoire collective.
4. Les Kurdes face à l’État islamique : un rempart pour le monde
Lorsque l’organisation État islamique a émergé, les forces kurdes — Peshmergas en Irak, YPG/YPJ en Syrie — ont joué un rôle déterminant.
Ils ont :
- protégé leurs villages
- défendu des populations civiles de toutes origines
- capturé et gardé des milliers de combattants de l’EI
- payé un prix humain immense
La résistance de Kobané est devenue un symbole mondial.
Sans les Kurdes, l’expansion de l’EI aurait été bien plus difficile à contenir.
5. Alliés quand cela arrange, abandonnés quand cela dérange
L’histoire kurde est marquée par un motif récurrent :
on les soutient quand ils sont utiles, puis on les laisse seuls lorsque les intérêts changent.
Ce schéma s’est répété :
- dans les années 1970
- après la guerre du Golfe
- durant la lutte contre l’EI
- lors de reconfigurations géopolitiques récentes
Les Kurdes ont souvent cru à des promesses d’autonomie ou de protection, mais les rapports de force internationaux ont presque toujours joué contre eux.
6. Les femmes kurdes : des figures de liberté et de lumière
Impossible de comprendre le peuple kurde sans évoquer ses femmes.
6.1. Les combattantes : un symbole universel
Les unités féminines YPJ en Syrie ont marqué les esprits. Leur engagement contre l’État islamique n’était pas seulement militaire :
- c’était un acte d’émancipation
- un refus de la domination patriarcale
- une affirmation de dignité
Leur image — foulard noué, regard déterminé — est devenue un symbole mondial de résistance.
6.2. Les femmes dans la société kurde
Bien avant les conflits récents, les femmes kurdes occupaient déjà une place singulière :
- médiatrices dans les conflits
- gardiennes de la langue et des chants
- actrices politiques locales
- figures de sagesse et de transmission
Certaines ont même dirigé des tribus ou des mouvements politiques. Leur autorité plonge dans des traditions anciennes.
7. Un portrait humain et poétique du peuple kurde
Au‑delà de la géopolitique, les Kurdes sont un peuple de cœur, de montagne, de musique.
7.1. Un peuple de montagnes
Les montagnes sont leur refuge, leur maison, leur horizon.
Elles sculptent leur caractère :
- fier mais hospitalier
- indépendant mais solidaire
- mélancolique mais joyeux dans la fête
Les Kurdes disent parfois :
« Nous n’avons que les montagnes pour amies. »
Ce n’est pas une plainte, mais une déclaration de force.
7.2. Un peuple de musique et de poésie
La poésie kurde est l’une des plus anciennes du Moyen‑Orient.
Le dengbêj, chanteur-conteur, porte la mémoire du peuple :
- récits d’amour
- chants épiques
- lamentations
- poèmes de résistance
Sa voix est un fil reliant les générations.
7.3. Un peuple de fête et de lumière
Le Newroz, fête du printemps, est un moment de renaissance.
On y danse en cercle, main dans la main, comme pour dire :
« Nous sommes unis, nous sommes vivants. »
8. La religion chez les Kurdes : diversité et tolérance
Contrairement à d’autres peuples de la région, les Kurdes ne sont pas définis par une seule religion.
8.1. Islam majoritaire, mais souvent soufi
La majorité des Kurdes sont musulmans sunnites, souvent de tradition soufie, une spiritualité :
- mystique
- poétique
- tournée vers la tolérance
8.2. Les Yézidis : une foi ancienne
Les Kurdes yézidis suivent une religion très ancienne, mêlant traditions mésopotamiennes et croyances propres.
Ils ont été tragiquement visés par l’État islamique, notamment à Sinjar.
8.3. Une mosaïque religieuse
On trouve aussi :
- des Kurdes chrétiens
- des Kurdes alévis
- des Kurdes zoroastriens
Cette diversité a nourri une culture de coexistence.
Conclusion : un peuple qui mérite reconnaissance et dignité
Parler du peuple kurde, ce n’est pas prendre parti pour un camp politique.
C’est reconnaître :
- une souffrance historique
- un courage exceptionnel
- une contribution majeure à la sécurité mondiale
- une aspiration légitime à la dignité et à l’autodétermination
Les Kurdes sont un peuple qui, malgré les trahisons, continue de se tenir debout, de chanter, de danser, de rêver.
Un peuple sans État, peut‑être.
Mais jamais sans âme.


