Zoroastrisme en Iran
Une civilisation qui ne meurt jamais
En France, on ne connait pas Zoroastre ou un peu grâce à Nietzsche et son « ainsi parlait Zarathoustra. »
Nietzsche ne critique pas le Zarathoustra authentique ; il s’en sert comme miroir pour briser une morale occidentale qui s’est éloignée de la justesse pour tomber dans le jugement.
Zoroastre ( Zartocht (زرتشت) ) fut un grand prophète et sa doctrine est devenue une religion et une philosophie qui imprègne encore la pensée Perse de nos jours!
1. Origines : la religion fondatrice de la Perse
Le zoroastrisme (ou mazdéisme) est l’une des plus anciennes religions monothéistes connues au monde, fondée il y a environ 3 500 ans par le prophète Zarathoustra (Zoroastre) dans ce qui est aujourd’hui l’Iran ancient. Il fut longtemps la religion officielle des empires achéménide puis sassanide.
Sa doctrine met l’accent sur :
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l’opposition entre l’ordre juste (asha) et le chaos,
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la pureté morale et cosmique,
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la valeur de la lumière et du feu comme métaphores de vérité et de purification.
2. Conquête islamique : disparition politique, mais persistance culturelle
En 651 apr. J.-C., l’empire sassanide tombe devant les armées arabes et l’islam devient dominant. Cela entraîne :
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une conversion massive des populations au fil des siècles,
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parfois des pressions et discriminations envers les zoroastriens restants.
Pourtant :
👉 la majorité des Iraniens ne cessent pas de célébrer des coutumes et fêtes liées à l’ancien calendrier et aux traditions pré-islamiques.
3. Le zoroastrisme aujourd’hui en Iran
🧑🤝🧑 Minorité religieuse officiellement reconnue
Aujourd’hui, les zoroastriens d’Iran :
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font partie des minorités religieuses reconnues par la République islamique,
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sont représentés au Parlement (Majles),
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jouissent d’une liberté de culte encadrée par la loi.
La communauté est cependant petite — on estime qu’elle compte des dizaines de milliers de fidèles en Iran, avec des minorités supplémentaires en Inde (les Parsis).
4. Traditions et fêtes zoroastriennes vivantes
Nowruz — Nouvel An persan
La fête la plus emblématique, Nowruz, est célébrée le jour de l’équinoxe de printemps (autour du 20–21 mars).
Elle symbolise :
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le renouveau de la nature,
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la victoire de la lumière sur l’obscurité.
Cette fête, d’origine zoroastrienne, perdure aujourd’hui à travers tout le monde iranien et bien au-delà (Asie centrale, Anatolie…).
Nowruz a même été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.
Chaharshanbe Suri
La veille du dernier mercredi avant Nowruz, on célèbre Chaharshanbe Suri, une fête du feu.
Les participants sautent par-dessus des braséros ou des feux, symbolisant la purification et la dispersion des énergies négatives avant la nouvelle année.
L’origine de ce rituel est ancienne et remonte aux coutumes pré-islamiques iraniennes.
Yaldâ — Nuit la plus longue de l’année
La nuit de Yaldâ, célébrée autour du solstice d’hiver, marque le passage vers la lumière croissante. Elle est également issue de traditions anciennes — et reste très populaire parmi les Iraniens, quelles que soient leurs convictions religieuses.
Autres rites culturels
Outre ces grandes fêtes :
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des coutumes autour de l’eau, du feu ou de la terre rappellent les symboles zoroastriens de pureté,
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des traditions culinaires ou familiales conservent des notions de renouveau, équilibre et harmonie avec le cosmos.
5. Le feu sacré : symbole central
Dans le zoroastrisme, le feu n’est pas une divinité, mais un symbole de vérité, de pureté et de sagesse divine.
Les temples du feu, appelés Atashkadeh ou Atash Bahram, abritent ces flammes sacrées, parfois entretenues depuis des siècles.
Un exemple fameux est le Temple du feu de Yazd, où la flamme maintenue allumée depuis très longtemps reste un lieu de dévotion et de visite culturelle.
6. Une empreinte culturelle avant tout
Même parmi les Iraniens musulmans :
👉 de nombreux usages, valeurs et perceptions du monde sont hérités du zoroastrisme.
Le rapport au feu, à l’eau, à la parole juste et à la lumière se retrouve dans les pratiques sociales, les contes, la littérature et les arts.
D’ailleurs, certaines célébrations populaires apparaissent comme fusionnées ou réinterprétées dans un cadre culturel global, bien au-delà d’une appartenance confessionnelle stricte.
7. Conquête religieuse vs. résistance culturelle
Bien que des autorités aient parfois tenté de recentrer les fêtes nationales autour de fêtes islamiques, la population iranienne a continué à privilégier ses traditions nationales — Nowruz en tête.
C’est un exemple remarquable de :
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**survie culturelle malgré des siècles de domination étrangère,
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d’intégration sans effacement,
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et de mémoire collective profondément enracinée**.
En résumé
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Le zoroastrisme fut la religion fondatrice de la Perse ancienne.
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Malgré l’arrivée de l’islam, ses fêtes, symboles et valeurs continuent d’habiter la culture iranienne.
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Des traditions comme Nowruz, Yaldâ, Chaharshanbe Suri sont aujourd’hui des célébrations nationales plus que strictement religieuses.
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La persistance de ce patrimoine montre combien l’Iran est d’abord une civilisation avec des racines très anciennes.
Compléments
Bonne pensée, bonne parole, bonne action : une éthique vivante et résistante
Au cœur du zoroastrisme se trouve un principe fondamental, simple en apparence mais d’une profondeur remarquable : Humata, Hukhta, Hvarshta — la bonne pensée, la bonne parole et la bonne action. Il ne s’agit pas de « bonté » morale au sens culpabilisant, mais de justesse : penser juste, parler juste, agir juste, en cohérence avec l’ordre du monde (asha). Cette éthique place la responsabilité sur l’individu, ici et maintenant, sans intermédiaire clérical ni promesse de salut différé. Elle a profondément façonné l’âme iranienne, bien au-delà de toute appartenance religieuse.
Aujourd’hui encore, ce triptyque réapparaît de manière symbolique dans les mouvements de contestation : le Faravahar, ancien emblème zoroastrien représentant l’âme humaine en marche vers l’élévation, est fièrement brandi par de nombreux opposants iraniens. Avec ses ailes déployées (pensée, parole, action) et son regard tourné vers l’avant, il incarne une Iranité pré-islamique, libre, responsable et lumineuse. Ce symbole n’est pas un retour au passé, mais une revendication de continuité civilisationnelle et de dignité : celle d’un peuple qui refuse le mensonge, la soumission et l’obscurité.

Faravahar
Le feu et l’eau dans le zoroastrisme
Symboles de vérité, de vie et de justesse — au cœur de l’âme iranienne
Une religion sans idoles, fondée sur les éléments
Contrairement à une idée reçue, le zoroastrisme n’est pas une religion d’adoration des éléments.
Le feu, l’eau, la terre et l’air ne sont jamais des dieux, mais des manifestations visibles de l’ordre cosmique (asha).
👉 Ils sont respectés, protégés, honorés — jamais divinisés.
Ce point est fondamental :
le zoroastrisme est une spiritualité de la clarté, pas du sacré obscur.
Le feu : vérité, lumière, conscience
Le feu n’est pas adoré
Il est le symbole le plus pur de l’asha :
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il éclaire sans mentir
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il transforme sans corrompre
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il consume l’impur sans haine
👉 Le feu représente :
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la vérité
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la lucidité
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la présence consciente
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la parole droite
Dans les temples du feu (Atashkadeh), la flamme :
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brûle continuellement
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est entretenue avec un soin extrême
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incarne la continuité morale, pas la superstition
Une symbolique toujours vivante en Iran
Même aujourd’hui :
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le feu est associé à la purification
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il est central dans les fêtes populaires
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il n’est jamais perçu comme maléfique
Chaharshanbe Suri, fête du feu précédant Nowruz, en est l’exemple le plus clair :
on saute au-dessus des flammes en disant symboliquement :
« Je te donne ma pâleur, prends-moi ta rougeur »
👉 C’est un rite de transmission d’énergie vitale, pas une transgression.
L’eau : vie, pureté, responsabilité
Une eau sacrée… parce que vitale
Dans le zoroastrisme, l’eau est :
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source de vie
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principe de fécondité
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élément à protéger absolument
Elle est associée à Anahita, non comme déesse au sens idolâtre, mais comme principe cosmique de fécondité, de justesse et d’ordre.
Polluer l’eau est un acte moralement grave.
Une conscience écologique avant l’heure
Bien avant l’écologie moderne :
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l’eau devait rester pure
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les morts ne devaient ni contaminer la terre ni l’eau
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chaque élément avait une fonction sacrée
Cela a conduit à :
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une gestion sophistiquée de l’eau (qanats)
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une culture du respect du vivant
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une morale concrète, incarnée
Feu et eau : une tension créatrice
Contrairement à certaines traditions dualistes :
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le feu et l’eau ne s’opposent pas
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ils se complètent
🔥 Le feu éclaire la conscience
💧 L’eau nourrit la vie
👉 Ensemble, ils enseignent :
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la lucidité sans sécheresse
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la compassion sans mollesse
C’est une éthique de l’équilibre juste, pas de l’excès.
Une morale incarnée, pas culpabilisante
C’est ici que le zoroastrisme se distingue radicalement du christianisme tardif :
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pas de péché originel
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pas de culpabilité ontologique
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pas de salut par la souffrance
Mais :
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responsabilité individuelle
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choix conscients
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alignement pensée / parole / action
👉 Le mal n’est pas une faute métaphysique, mais une désynchronisation avec l’ordre juste.
Une survivance culturelle profonde en Iran
Même sous l’islam politique :
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Nowruz n’a jamais disparu
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le feu n’a jamais été diabolisé dans la culture populaire
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l’eau reste sacrée dans les usages symboliques
La poésie persane, l’hospitalité, le respect de la parole donnée, le rapport au temps cyclique :
👉 tout cela vient directement de cette vision du monde.
En résumé
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🔥 Le feu = vérité, clarté, conscience
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💧 L’eau = vie, pureté, responsabilité
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Aucun des deux n’est adoré
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Ils sont enseignants, pas divinisés
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Leur symbolique est toujours vivante en Iran
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Le zoroastrisme est une éthique incarnée, pas une morale abstraite


