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Platon philosophe roi

Platon philosophe roi

1. Le principe fondamental

Platon affirme que la cité ne sera juste et stable que si le pouvoir politique et la philosophie coïncident.

La formule canonique est donnée par Socrate dans La République (473d‑e) :

« À moins que les philosophes ne deviennent rois dans nos cités, ou que ceux qu’on appelle aujourd’hui rois et souverains ne se mettent à philosopher sérieusement et suffisamment… il n’y aura pas de fin aux maux pour les cités ni pour le genre humain. »

Ce passage est le cœur de la doctrine.

2. Pourquoi le philosophe doit gouverner

Platon développe plusieurs arguments structurés.

a) Le philosophe connaît le Bien

Le philosophe est le seul à pouvoir contempler l’Idée du Bien, sommet de la connaissance.
Sans cette connaissance, impossible de gouverner avec justice.

Platon compare le Bien au Soleil :

  • il éclaire,
  • il rend les choses intelligibles,
  • il permet de comprendre ce qui est juste.

b) Le philosophe sort de la Caverne

Dans l’allégorie de la Caverne, le philosophe est celui qui quitte les illusions pour voir la vérité.
Mais il doit redescendre dans la caverne pour guider les autres, même si cela lui coûte.

c) Le philosophe est le moins susceptible d’être corrompu

Il aime la vérité, non la richesse, ni les honneurs.
Il est donc le seul à pouvoir gouverner pour le bien commun.

3. Les qualités du philosophe‑roi

Platon décrit un véritable programme de formation (paideia) pour les futurs dirigeants :

a) Amour de la vérité

Le philosophe doit être naturellement attiré par la connaissance, détester le mensonge, et chercher l’essence des choses.

b) Maîtrise de soi

Il doit avoir discipliné son âme :

  • raison (logistikon)
  • courage (thumos)
  • désir (epithumia)

La justice est l’harmonie entre ces trois parties.

c) Capacité à saisir l’ensemble

Le philosophe doit comprendre la structure de la cité, les rapports entre les classes, les finalités de l’éducation, et la nature de la justice.

d) Formation longue et exigeante

Platon prévoit un cursus de près de 50 ans :

  • mathématiques
  • dialectique
  • exercices militaires
  • gestion de la cité
  • contemplation du Bien

4. Métaphores politiques essentielles

Platon utilise plusieurs images puissantes pour justifier le philosophe‑roi.

a) Le navire de l’État

Le peuple est comme un équipage ignorant, les politiciens comme des matelots querelleurs, et le philosophe comme le seul vrai pilote, car il connaît l’art de naviguer.

b) La Caverne

Les gouvernants ordinaires ne voient que des ombres.
Le philosophe voit la lumière du Bien.

c) Le Soleil

Le Bien éclaire l’intelligible comme le soleil éclaire le visible.

5. Une utopie… mais aussi une critique

Platon ne propose pas seulement un idéal :
il critique les régimes de son époque.

❌ Démocratie

Instable, manipulable, dominée par les passions.

❌ Oligarchie

Gouvernée par l’argent, donc injuste.

❌ Tyrannie

Le pire régime : domination de la passion et de la violence.

Le philosophe‑roi est donc un contre‑modèle, un étalon pour juger les gouvernants réels.

6. Citations essentielles (issues des sources trouvées)

🔹 Passage central (473d‑e)

« Jusqu’à ce que les philosophes soient rois… les cités n’auront pas de repos de leurs maux. »

🔹 Sur la nécessité d’unir pouvoir et sagesse

« Le pouvoir politique et l’intelligence philosophique doivent coïncider. » (résumé fidèle du passage 473d‑e) wisdomshort.com

🔹 Sur la vision du Bien

Les sources trouvées ne donnent pas de citation directe, mais elles confirment que le philosophe‑roi est celui qui « possède la connaissance des Formes, en particulier la Forme du Bien »

7. Synthèse finale

Le philosophe‑roi est :

  • celui qui connaît le Bien,
  • qui a discipliné son âme,
  • qui n’aime pas le pouvoir,
  • qui voit la vérité au‑delà des apparences,
  • et qui accepte de gouverner par devoir, non par ambition.

Platon propose ainsi une politique fondée sur la connaissance, non sur l’opinion.

Pourquoi la sagesse est si rare en politique

Platon l’avait déjà vu :
le pouvoir attire rarement les sages, parce que les sages n’aiment pas le pouvoir.
Il attire plutôt :

  • les ambitieux,
  • les stratèges,
  • les communicants,
  • ceux qui veulent influencer,
  • ceux qui veulent être vus.

La sagesse, elle, demande :

  • du recul,
  • du doute,
  • de la lenteur,
  • de la cohérence intérieure,
  • une forme d’ascèse.

Ce sont des qualités peu compatibles avec la compétition politique moderne.

Les organisations humaines ne sont jamais à la hauteur de leurs idéaux

Qu’il s’agisse :

  • d’un parti,
  • d’un mouvement,
  • d’une loge,
  • d’une église,
  • d’une association,
  • d’un État…

…toutes finissent par être traversées par les mêmes dynamiques humaines :

  • rivalités,
  • ego,
  • luttes d’influence,
  • inerties,
  • erreurs,
  • contradictions.

Même les groupes qui se veulent « éclairés » ou « moraux » ne sont pas immunisés contre ça.
C’est une constante anthropologique, pas un cas particulier.

Ce que Platon dirait de notre époque

Il dirait probablement ceci :
« Vous avez la liberté, mais vous avez perdu la direction. »

Il verrait :

  • des dirigeants soumis à l’opinion,
  • des institutions fragilisées par la vitesse médiatique,
  • des décisions prises pour plaire, pas pour durer,
  • des élites parfois plus techniques que sages.

Et il rappellerait que la sagesse politique demande :

  • une éducation profonde,
  • une cohérence morale,
  • une capacité à voir loin,
  • une orientation vers le Bien commun.

Mais il y a un point essentiel : la sagesse n’est pas absente partout

Elle n’est simplement pas au centre du pouvoir.

Elle existe :

  • chez certains enseignants,
  • chez des chercheurs,
  • chez des artisans,
  • chez des artistes,
  • chez des citoyens engagés,
  • chez des personnes discrètes qui ne cherchent pas la lumière.

La sagesse est souvent hors du champ politique, parce que la politique moderne n’est pas un terrain fertile pour elle.