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 Iran : un peuple moderne

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Face à un régime né d’un islam politique rigoriste
— l’héritage paradoxal de Khomeini

Quarante-sept ans après la Révolution islamique, l’Iran reste un pays fracturé entre deux réalités :
d’un côté, une société jeune, éduquée, féminisée, largement occidentalisée ;
de l’autre, un régime théocratique fondé sur une vision rigoriste de l’islam, inspirée autant du chiisme politique que des théories révolutionnaires des Frères musulmans.
Un paradoxe qui explique en grande partie la crise profonde que traverse aujourd’hui la République islamique.

Un peuple éduqué, moderne, tourné vers le monde

L’Iran est l’un des pays les plus instruits du Moyen-Orient.
Les universités y sont nombreuses, dynamiques, et les femmes y représentent depuis longtemps la majorité des étudiants, notamment dans les filières scientifiques, médicales et techniques.

Dans les grandes villes, le mode de vie est résolument moderne :

  • vêtements occidentaux (malgré les contraintes légales),
  • réseaux sociaux omniprésents,
  • culture internationale,
  • aspirations individuelles fortes,
  • vie urbaine active et cosmopolite.

Cette société n’a rien d’archaïque : elle est jeune, connectée, rationnelle, et profondément éloignée du modèle moral imposé par le régime.

Khomeini : un islam politique dur, inspiré des Frères musulmans

Si Khomeini est un religieux chiite, son projet politique dépasse largement le cadre du chiisme traditionnel.
Il s’inscrit dans un islam politique révolutionnaire, très proche de celui des Frères musulmans, notamment de la pensée de Sayyid Qutb.

Les points communs sont frappants :

  • Un État islamique total, fondé sur la souveraineté divine.
  • La fusion du religieux et du politique, avec les religieux au sommet de l’État.
  • La révolution morale contre l’Occident, accusé de corruption et de décadence.
  • La légitimation du combat permanent contre les ennemis de l’islam.
  • La moralisation forcée de la société, via la charia et la surveillance des comportements.

Le velayat-e faqih — gouvernement du juriste-théologien — est la version chiite d’un principe déjà présent chez les Frères musulmans :
le pouvoir doit revenir aux religieux, seuls garants de la loi divine.

Le rôle ambigu des Occidentaux : calcul, naïveté ou aveuglement ?

Contrairement à l’idée d’une révolution purement interne, l’arrivée de Khomeini au pouvoir a été facilitée par plusieurs facteurs extérieurs.

1. Les États-Unis, lassés du Shah

Washington, longtemps soutien du Shah, finit par se détourner de lui, jugeant son régime instable, impopulaire et incapable de réformer.
Ce retrait accélère sa chute.

2. L’accueil de Khomeini en France

La France offre à Khomeini une liberté d’expression totale à Neauphle-le-Château.
Ce n’est pas un soutien politique direct, mais une naïveté stratégique :
on sous-estime totalement la nature de son projet.

3. L’illusion occidentale

Beaucoup d’analystes occidentaux voient en Khomeini un leader religieux conservateur, mais pas un révolutionnaire totalitaire.
Ils imaginent un régime islamique modéré, nationaliste, peut-être même compatible avec l’Occident.

Ils se trompent lourdement.

Un régime archaïque face à une société moderne

Le système instauré par Khomeini repose sur :

  • la charia comme code social strict,
  • la séparation des sexes,
  • la surveillance morale,
  • la censure culturelle,
  • la répression des libertés individuelles.

Ce modèle, déjà en décalage en 1979, est devenu intenable face à une population éduquée, féminisée, urbaine et occidentalisée.

Un islam moderne aurait-il survécu ?

L’histoire iranienne montre qu’un islam ouvert, philosophique, scientifique, a déjà existé :
celui des poètes, des philosophes, des savants, des écoles de pensée.
Un islam compatible avec la raison, la liberté, la créativité.

Pour beaucoup d’observateurs, un islam moderne et ouvert aurait eu bien plus de chances de s’enraciner durablement dans l’Iran contemporain.

Le choix d’un islam politique dur, inspiré des Frères musulmans et imposé par la force, a au contraire créé une fracture profonde entre l’État et la société.

Conclusion : un régime solide, mais un pays qui s’en éloigne

La République islamique a survécu grâce à son appareil sécuritaire, à son idéologie révolutionnaire et à son influence régionale.
Mais elle fait face à une société qui ne lui ressemble plus.

L’Iran moderne n’est pas celui que Khomeini avait imaginé.
C’est un pays éduqué, féminin, urbain, ouvert sur le monde — un pays qui aspire à un islam compatible avec la liberté, la dignité et la modernité.

Le choc entre ces deux visions pourrait bien déterminer l’avenir du pays.