La petite reine électrocutée
Souvenez-vous de la chanson À bicyclette chantée par Yves Montand :
Quand on partait de bon matin
Quand on partait sur les chemins
À bicyclette…
Le vélo, la petite reine, c’était la machine la plus simple du monde :
deux roues, une chaîne, un peu de graisse… et des mollets.
L’engin des ouvriers, des artisans, des enfants.
Une machine sobre, rustique, efficace.
Pas de batterie.
Pas de lithium.
Pas de logiciel.
On ne branchait pas son vélo :
on le pédalait.
L’énergie venait du jambon-beurre et du verre de rouge, pas d’une prise murale.
Et puis l’époque moderne est arrivée, avec son mot magique :
le climat.
Alors on nous a expliqué qu’il fallait sauver la planète.
Et pour cela, miracle technologique :
acheter une bicyclette… électrique.
Une batterie au lithium extraite quelque part en Amérique du Sud,
des métaux rares venus d’Afrique,
une fabrication industrielle souvent en Chine,
un transport en cargo de l’autre côté du monde.
Tout cela pour… pédaler moins.
Le progrès, c’est magnifique.
Le vélo autrefois transformait les calories humaines en kilomètres.
Le vélo électrique transforme désormais
le charbon, le gaz ou l’uranium en assistance pour mollets fatigués.
Et on appelle ça une solution écologique.
Certes, comparé à une voiture, l’engin reste relativement sobre.
Mais comparé au vélo d’hier — celui qui ne demandait que des jambes —
c’est une complexité industrielle inutile.
Un vélo électrique, c’est un peu comme une cigarette “light” :
ça rassure la conscience.
Et avec la machine arrive parfois l’esprit qui va avec.
Hier le cycliste était prudent.
Il savait qu’il était fragile.
Aujourd’hui certains déboulent à 25 km/h sur :
- les trottoirs
- les passages piétons
- les couloirs de bus
- et parfois même les parcs
le tout dans un silence de ninja.
Le slogan implicite semble être :
« Je roule où je veux, c’est ma liberté , c’est écologique. »
Essayez d’expliquer cela au piéton qui vient d’éviter la collision.
La petite reine d’autrefois était un symbole de liberté simple.
Un objet humble, presque poétique.
Aujourd’hui, sous couvert de vertu climatique,
elle se transforme parfois en gadget techno-vert
chargé de batteries, de marketing et de bonne conscience.
La planète, elle, n’a rien demandé.
Et la petite reine, la vraie,
celle qui avançait grâce aux mollets et au vent,
regarde passer ces machines électriques avec un léger sourire.
Comme si elle murmurait :
« Pour sauver la planète…
il suffisait peut-être simplement de pédaler. » 🚲🌍


