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Iran : à l’aube d’un basculement historique ?

Iran- basculement

Enquête sur les forces, les scénarios et les enjeux d’une possible transition post‑mollahs

Introduction : un régime fragilisé comme jamais

Depuis 2022, l’Iran traverse une série de secousses politiques et sociales d’une intensité inédite depuis la révolution de 1979. Les manifestations déclenchées après la mort de Mahsa Amini ont ouvert une brèche profonde dans la légitimité du régime.
Selon plusieurs analyses, cette vague de contestation constitue la plus grande menace pour le pouvoir théocratique depuis plus de quarante ans Les Affaires.

En 2026, la situation s’est encore aggravée : implosion économique, soulèvements massifs, répression sanglante, et un pays décrit comme « au bord du précipice » par FranceSoir Francesoir.fr.

Dans ce contexte, une question domine les débats géopolitiques :
que se passerait‑il si le régime des mollahs venait à tomber ?

1. Qui a intérêt au maintien du régime ?

🇷🇺 La Russie : un allié stratégique et militaire

Moscou bénéficie d’un Iran affaibli mais stable :

  • fournisseur de drones utilisés en Ukraine,
  • partenaire anti‑occidental,
  • acteur perturbateur au Moyen‑Orient.

Un changement de régime pourrait remettre en cause cette coopération militaire et stratégique.

🇨🇳 La Chine : un partenaire énergétique à prix cassé

Pékin profite des sanctions occidentales pour acheter du pétrole iranien à bas prix.
Un Iran démocratisé pourrait renégocier ses contrats ou se rapprocher de l’Occident.

🌍 Les proxys régionaux : Hezbollah, Assad, Houthis

Ces acteurs dépendent directement de Téhéran pour leur financement, leurs armes et leur survie politique.
La chute du régime serait pour eux un séisme existentiel.

🇶🇦🇴🇲 Qatar et Oman : la stabilité avant tout

Ces États ne soutiennent pas le régime, mais redoutent un effondrement chaotique qui déstabiliserait tout le Golfe.

2. Qui a intérêt à la chute du régime ?

🇺🇸 Les États‑Unis

Washington verrait d’un bon œil la disparition de son principal adversaire régional, même si le spectre d’un chaos façon Irak 2003 reste une inquiétude majeure.

🇮🇱 Israël

Probablement le plus grand bénéficiaire :

  • fin du soutien iranien au Hezbollah et au Hamas,
  • recul de la menace nucléaire,
  • affaiblissement de l’axe chiite.

🇸🇦 Arabie saoudite et Émirats

La rivalité géopolitique et religieuse avec l’Iran rend la chute du régime attractive, mais la perspective d’un Iran fragmenté inquiète profondément Riyad et Abou Dhabi.

🇪🇺 Union européenne

L’UE espère un Iran stabilisé, ouvert et moins agressif, mais craint un effondrement brutal entraînant migrations et terrorisme.

🇮🇶🇱🇧🇾🇪 Les populations sous influence iranienne

En Irak, au Liban, en Syrie ou au Yémen, beaucoup voient l’Iran comme une puissance occupante.
La chute du régime serait perçue comme une libération.

3. Les scénarios possibles : du statu quo à la révolution

Les analyses journalistiques et géopolitiques évoquent plusieurs trajectoires possibles pour l’Iran, allant du maintien autoritaire à une transition négociée ou un effondrement brutal.
Ces scénarios sont largement discutés dans la presse internationale, notamment dans Le Parisien et Le Diplomate Le Figaro lediplomate.media.

Scénario 1 : le statu quo répressif

Le régime survit grâce à :

  • la répression,
  • les Gardiens de la révolution,
  • la fragmentation de l’opposition.

Ce scénario est celui observé après les révoltes de 2022, matées « dans le sang » selon plusieurs sources Les Affaires.

Conséquence :
Un affaiblissement progressif, mais pas de basculement immédiat.

Scénario 2 : la réforme interne (sans chute du régime)

Une partie de l’élite pourrait tenter d’assouplir le système pour éviter l’effondrement :

  • ouverture économique,
  • négociations internationales,
  • réduction de la répression.

Mais ce scénario est fragile : les réformateurs ont déjà été marginalisés par le passé.

Scénario 3 : la transition négociée

C’est le scénario le plus discuté par les analystes internationaux.
Selon Le Parisien, il s’agirait d’une chute contrôlée, avec :

  • un référendum constitutionnel,
  • des élections encadrées,
  • une réduction du pouvoir du Guide suprême Le Figaro.

Acteurs clés :

  • opposition intérieure,
  • technocrates,
  • armée régulière,
  • médiation internationale (UE, ONU, Qatar, Oman).

Avantage :
Évite le chaos.
Risque :
Nécessite une opposition unie — ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Scénario 4 : l’effondrement brutal (révolution)

Un soulèvement massif, une grève générale ou une défection militaire pourrait provoquer la chute rapide du régime.
Ce scénario est évoqué dans plusieurs analyses comme plausible si la crise économique continue de s’aggraver.

Risques :

  • vide de pouvoir,
  • luttes entre factions (laïcs, monarchistes, islamistes modérés, minorités kurdes, baloutches, arabes),
  • ingérences étrangères,
  • possible « syrianisation ».

Scénario 5 : le coup d’État militaire

Les Pasdarans pourraient décider que les mollahs mettent en danger la survie du système.
Ils prendraient alors le pouvoir au nom de « l’ordre ».

Ce scénario est évoqué dans plusieurs entretiens d’experts, notamment par Ardavan Amir‑Aslani Conflits : Revue de Géopolitique.

Conséquence :
Fin de la théocratie, mais pas forcément de l’autoritarisme.

 Scénario 6 : l’érosion lente

Le régime ne tombe pas, mais se vide de sa substance :

  • corruption,
  • zones de non‑droit,
  • autonomies locales,
  • économie parallèle.

Un Iran qui se délite sans révolution claire.

4. Les conséquences régionales et mondiales

Selon l’analyste Tina Fordham, un changement de régime en Iran aurait des répercussions majeures sur l’équilibre du Moyen‑Orient, notamment sur :

  • les marchés pétroliers,
  • les alliances militaires,
  • les conflits en Syrie, au Liban et au Yémen Zonebourse.com.

Fait notable : malgré les craintes, une chute du régime n’aurait pas d’impact majeur sur le marché pétrolier mondial, en raison de la surproduction actuelle Les Affaires.

Conclusion : un pays à la croisée des chemins

L’Iran se trouve dans une situation paradoxale :

  • jamais le régime n’a été aussi contesté,
  • jamais la transition n’a été aussi incertaine.

Entre répression, réformes avortées, scénarios de transition négociée ou risque d’effondrement brutal, l’avenir du pays dépendra de trois facteurs clés :

  1. La capacité du peuple à maintenir la pression.
  2. La cohésion — ou la fracture — au sein des forces armées et des Pasdarans.
  3. Le degré d’ingérence ou de retenue des puissances étrangères.

Une chose est sûre :
le destin de l’Iran ne se jouera pas seulement dans les rues de Téhéran, mais aussi dans les chancelleries de Moscou, Pékin, Washington, Riyad et Bruxelles