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Fable de la Grenouille et des Frères Modérés

Frères Modérés

Satire politique en fable, toute ressemblance est VRAIE !

Il était une fois, dans la paisible République des Amphibiens, une grenouille qui vivait sa petite vie tranquille.
Elle râlait contre les moustiques, contre les impôts, contre la météo — bref, elle était heureuse.

Un matin, un groupe très poli, très souriant, très organisé arriva au bord de l’étang.
Ils se présentaient comme les Frères Modérés
Ils parlaient doucement, avec des mots rassurants, des promesses rondes et des intentions parfumées à la bienveillance.

« Nous voulons simplement améliorer votre quotidien », disaient-ils.
Et comme ils étaient polis, la grenouille les crut.

On l’invita à monter dans une grande casserole d’eau froide.
« C’est un bain thermal citoyen », expliquèrent-ils.
La grenouille trouva ça confortable.
Elle s’installa.

Premier degré : “Ce n’est qu’un ajustement.”

Les Frères Modérés allumèrent un petit feu.
Très petit.
Presque décoratif.

Ils modifièrent deux ou trois règles, rien de grave :
– un formulaire de plus,
– un petit interdit,
– un petit “c’est mieux comme ça”.

La grenouille haussa les épaules.
« Tant que je peux nager, ça va. »

Deuxième degré : “C’est pour votre sécurité.”

L’eau chauffa un peu.
On ajouta quelques obligations, quelques restrictions, quelques surveillances.
Toujours “pour protéger”.

La grenouille trouva l’eau tiède.
« C’est un peu chaud, mais bon… on s’habitue. »

Troisième degré : “Vous l’avez accepté, puisque vous ne vous y opposez pas.”

Les Frères Modérés souriaient toujours.
Ils expliquaient que tout cela était logique, cohérent, nécessaire.
Et puis, après tout, la grenouille n’avait pas sauté hors de la casserole.
Donc elle devait être d’accord.

La grenouille commença à fatiguer.
Mais elle se disait :
« Je vais attendre encore un peu, ça va peut-être se calmer. »

Quatrième degré : “Il est trop tard pour discuter.”

L’eau devint chaude.
Très chaude.
Les Frères Modérés avaient désormais la main sur tous les boutons du poêle.

Ils parlaient moins.
Ils souriaient moins.
Ils ordonnaient plus.

La grenouille tenta de sauter.
Mais ses muscles étaient mous, ses réflexes émoussés, sa lucidité noyée dans la vapeur.

Elle comprit alors que le danger n’était pas venu d’un coup.
Il était venu à petits degrés, chacun trop faible pour déclencher une réaction.

Moralité

Les sociétés ne se font pas renverser par des coups de tonnerre.
Elles se font endormir par des thermostats.

Et les groupes les plus efficaces ne sont pas ceux qui crient fort,
mais ceux qui chauffent lentement, en murmurant :
« Ne vous inquiétez pas, c’est pour votre bien. »