Jean‑Jacques Servan‑Schreiber, un JFK à la française
Un météore politique, un modernisateur, un héritier engagé
À travers la figure de Jean‑Jacques Servan‑Schreiber, c’est une certaine idée de la politique qui s’éloigne : celle d’un engagement porté par la vision, l’audace et la culture. Une époque où l’on proposait des projets de société plutôt que des stratégies électorales, où l’on parlait d’avenir plus que de gestion, où l’on osait des idées neuves, même dérangeantes. JJSS incarnait cette génération de femmes et d’hommes qui voyaient dans la technologie, l’Europe et la modernisation non des menaces, mais des horizons. Avec ses fulgurances, ses excès et ses intuitions, il fut l’un des derniers à habiter l’espace public comme un lieu de pensée.
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Jean‑Jacques Servan‑Schreiber (1924–2006), souvent surnommé JJSS, fut l’une des figures les plus singulières de la vie intellectuelle et politique française de la seconde moitié du XXᵉ siècle. Journaliste brillant, fondateur de L’Express, député de Nancy, président de la Région Lorraine, ministre éphémère, théoricien de la modernisation et pionnier de la réflexion sur l’informatique, il a laissé une empreinte durable malgré une carrière politique courte et tumultueuse.
1. Origines et formation : un héritage familial puissant
Une famille de journalistes et de radicaux
JJSS naît dans une famille où se mêlent journalisme, engagement républicain et culture politique.
Selon l’Encyclopædia Universalis, son père Émile Schreiber est codirecteur des Échos, tandis que sa tante Suzanne Schreiber devient vice‑présidente du Parti radical dès 1931 Encyclopædia Universalis.
La guerre comme initiation
Reçu à Polytechnique en 1943, il quitte l’école pour rejoindre la France libre via l’Espagne, puis devient pilote dans les forces françaises combattantes Encyclopædia Universalis.
2. Le journaliste : L’Express et la révolution du newsmagazine
En 1953, avec Françoise Giroud, il fonde L’Express, premier newsmagazine français, inspiré de Time et Newsweek.
Il y impose un style moderne, incisif, engagé, qui bouscule la presse traditionnelle.
Cette aventure médiatique fera de lui une figure incontournable de la vie intellectuelle française.
3. L’entrée en politique : Nancy comme laboratoire
Député de Nancy (1970–1978)
JJSS est élu député de la 1ʳᵉ circonscription de Meurthe‑et‑Moselle lors d’une législative partielle en 1970, puis réélu en 1973 Wikipédia.
Un ancrage lorrain inattendu
Bien que parisien, il choisit Nancy comme base politique.
Les journaux régionaux rappellent qu’il fut un « météore » politique, admiré ou détesté, mais impossible à ignorer Le Républicain Lorrain L’Est Républicain.
Campagnes électorales
Des archives photographiques montrent JJSS en campagne à Nancy en 1970, au contact direct des électeurs image-est.fr.
4. Président de la Région Lorraine (1976–1978)
Élu président du Conseil régional de Lorraine en 1976, il tente d’y impulser une vision modernisatrice :
- développement économique,
- ouverture internationale,
- réflexion sur la reconversion industrielle.
Il quitte la présidence en 1978, succédé par Pierre Messmer Wikipédia.
5. Ministre des Réformes (1974)
Sous Giscard d’Estaing, dans le gouvernement Chirac, il devient ministre des Réformes… pour seulement 12 jours Wikipédia.
Un record de brièveté, dû à des tensions politiques internes.
Mais ce passage éclair symbolise aussi son rôle : un agitateur d’idées plus qu’un gestionnaire.
6. Le penseur de la modernisation : informatique, technologie et société
JJSS est l’un des premiers intellectuels français à comprendre l’importance stratégique de l’informatique et des technologies de l’information.
Projets et idées informatiques
Dans ses ouvrages — notamment Le Défi américain (1967) — il alerte sur :
- le retard technologique de l’Europe,
- la montée en puissance des ordinateurs américains,
- la nécessité d’une politique industrielle ambitieuse.
Il milite pour une révolution numérique française avant l’heure, plaidant pour :
- l’informatisation de l’État,
- la formation aux sciences de l’information,
- l’innovation comme moteur économique.
Ces idées influenceront durablement les débats sur la modernisation.
7. Famille et vie personnelle
Un clan intellectuel
La famille Servan‑Schreiber est un véritable « arbre généalogique de talents » :
- Jean‑Louis Servan‑Schreiber, son frère, journaliste et fondateur de Psychologies.
- Christiane Collange, sa sœur, écrivaine.
- David Servan‑Schreiber, son neveu, médecin et auteur de Guérir.
Vie privée
JJSS a été marié plusieurs fois, notamment avec :
- Françoise Giroud, sa partenaire professionnelle et sentimentale,
- Sabine Becq de Fouquières,
- Jennifer Allen, journaliste américaine.
Il est père de plusieurs enfants, dont Émile Servan‑Schreiber, spécialiste de la psychologie collective et de l’intelligence prédictive.
8. Héritage : un météore qui a laissé une trace
Les historiens régionaux le décrivent comme un météore politique, brillant, rapide, parfois déroutant, mais profondément moderne Le Républicain Lorrain L’Est Républicain.
Son héritage se situe à la croisée :
- du journalisme moderne,
- de la pensée technologique,
- de la politique réformatrice,
- de la culture démocratique.
Il n’a pas transformé la France comme il l’espérait, mais il a transformé la manière de penser la France.


