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Iran et France : un héritage linguistique commun

indo-européen

Quand deux rives du monde indo-européen se rencontrent

Parler du lien entre la France et l’Iran peut sembler relever de la diplomatie moderne ou des affinités culturelles récentes. Pourtant, le rapprochement est bien plus ancien : il plonge ses racines dans une profondeur de près de cinq millénaires, au cœur du monde indo-européen.

Un ancêtre commun : le proto-indo-européen

Le français et le farsi (persan moderne) appartiennent à la grande famille des langues indo-européennes. Avant Rome, avant l’Empire perse, avant même les Celtes, une langue préhistorique — le proto-indo-européen — était parlée par des populations des steppes eurasiennes.

De cette langue originelle sont issues :

  • La branche italique → latin → français
  • La branche indo-iranienne → vieux perse → farsi

La séparation remonte à environ 4000 à 5000 ans.

Des mots qui révèlent la parenté

Certains termes montrent encore cette filiation ancienne :

  • merci = merci
  • mère / mādar
  • père / pedar
  • frère / barādar
  • nom / nām
  • machine ماشین mâshin
  • autobus اتوبوس otobous
  • téléphone تلفن تلفon / telefon
  • police پلیس polis
  • banque بانک bânk
  • ministre وزیر (classique) mais aussi usage moderne influencé
  • salon سالن sâlon
  • garage گاراژ gârâj
  • ascenseur آسانسور âsânsor

Ces ressemblances ne sont pas des emprunts modernes : ce sont des héritages directs d’un tronc commun.

Perse ou Iran : une question de nom

En Occident, on a longtemps parlé de “Perse”. Ce terme vient du grec Persis, qui désignait la région de Pars (aujourd’hui Fars), berceau des souverains achéménides comme Cyrus the Great et Darius I.

Mais les habitants utilisaient un autre terme : Ērān, issu de Aryānām, signifiant “terre des Aryens” — au sens ancien de peuple indo-iranien, non racial.

En 1935, le souverain Reza Shah Pahlavi demande officiellement que la communauté internationale adopte le nom “Iran”.

Aujourd’hui, “Perse” évoque surtout la culture et l’histoire ; “Iran” désigne l’État moderne.

Les Alains : des Iraniens en Gaule

Le lien entre Iran et France ne s’arrête pas à la linguistique.

Au Ve siècle, un peuple iranien des steppes, les Alains, migre vers l’ouest et s’installe en Gaule. Cavaliers redoutés, ils sont intégrés à l’armée romaine et implantés notamment dans la vallée de la Loire et en Champagne.

Leurs descendants actuels sont les Ossetians, dont la langue constitue la survivance moderne de celle des Alains.

Ainsi, un rameau oriental du monde indo-iranien a véritablement laissé une trace sur le sol français.

Un fonds symbolique commun

Les sociétés indo-européennes partageaient :

  • Le culte du feu sacré
  • Une aristocratie guerrière
  • Une culture équestre centrale
  • Un dieu céleste lumineux (Dyēus)

Ces éléments se retrouvent dans la Rome antique, chez les Celtes, mais aussi dans le monde indo-iranien.

Le mot “Aryen” : de la linguistique à la déformation idéologique

Dans les Veda et l’Iran ancien, arya signifiait “noble” ou “membre du groupe”. C’était un terme culturel et linguistique.

Au XIXe siècle, certains linguistes européens ont utilisé “aryen” pour désigner la branche indo-iranienne des langues indo-européennes.

Le XXe siècle a vu une récupération idéologique radicale de ce terme sous le régime de Adolf Hitler, notamment via des cercles comme la Thule Society et l’Ahnenerbe.
Le concept linguistique est alors transformé en fiction raciale pseudo-scientifique.

Les recherches contemporaines en génétique et en histoire ont depuis largement invalidé ces constructions idéologiques.

Emprunts et échanges culturels

Au-delà de la parenté préhistorique, les relations franco-persanes ont laissé des traces lexicales :

  • paradis (du vieux perse pairidaeza, “jardin clos”)
  • caravane
  • azur
  • châle
  • divan

Ces mots témoignent des échanges commerciaux et culturels entre Orient et Occident.

Au XIXe siècle, le français devient même langue de cour en Iran, parlé par plusieurs souverains et élites administratives.

Deux rameaux d’un même arbre

Le français et le farsi ne sont pas simplement deux langues étrangères l’une à l’autre. Ils sont les héritiers de deux branches séparées très tôt mais issues d’un même tronc.

Leur histoire montre :

  • une proximité linguistique ancienne
  • des contacts historiques réels
  • des échanges culturels durables

Loin des mythes polaires ou des détournements idéologiques, ce lien repose sur des faits linguistiques, archéologiques et historiques solides.

À travers la langue, c’est une mémoire de plusieurs millénaires qui relie la Loire aux hauts plateaux d’Iran — preuve que l’histoire européenne et iranienne ne sont pas parallèles, mais parfois entremêlées.

un dialogue millénaire entre deux mondes

L’histoire commune entre l’Iran et la France ne s’arrête ni aux mots, ni aux migrations anciennes. Elle se prolonge dans la pensée, la diplomatie et même dans certaines structures profondes de l’imaginaire.🐎 La matrice indo-européenne : cheval, feu et souveraineté

Dans les sociétés issues du monde indo-européen, trois piliers apparaissent souvent :

  1. Le sacré – feu rituel, serment, ordre cosmique
  2. La fonction guerrière – aristocratie armée
  3. La fonction productive – agriculteurs et éleveurs

Ce schéma, théorisé par des historiens des religions comme Georges Dumézil, apparaît :

  • chez les Celtes
  • à Rome
  • dans l’Inde védique
  • dans l’Iran ancien

On retrouve ainsi une architecture mentale commune, transformée mais reconnaissable.

Le ciel lumineux : Dyēus, Zeus, Deus…

Le dieu du ciel clair reconstitué par les linguistes (Dyēus) donne :

  • Zeus en Grèce
  • Jupiter (Deus Pater) à Rome
  • Dyaus dans les Veda

En Iran, l’évolution religieuse a été différente avec le zoroastrisme, mais la structure duale et cosmique reste marquée par cette vieille matrice indo-iranienne.

Ce n’est pas un transfert direct, mais un héritage partagé très ancien.

Le XIXe siècle : retrouvailles intellectuelles

Au XIXe siècle, un phénomène intéressant se produit :

  • Les orientalistes français redécouvrent les textes persans.
  • L’élite iranienne adopte le français comme langue diplomatique.

Les monarques qâdjars voyagent à Paris.
La France devient une référence culturelle pour Téhéran.

La rencontre n’est plus seulement souterraine et préhistorique : elle devient consciente. Les Alains et l’ombre des steppes

Les Alains, peuple iranien installé en Gaule au Ve siècle, représentent un moment symbolique fort.

Un rameau oriental de la famille indo-européenne revient vers l’Occident, non plus comme abstraction linguistique, mais comme réalité humaine et militaire.

Leur héritage survit aujourd’hui chez les Ossetians, gardiens d’une langue iranienne archaïque.

Mythe et dérive idéologique

Le thème du “Nord originel” et le terme “aryen” ont été profondément détournés au XXe siècle.

Sous le régime de Adolf Hitler, ces notions linguistiques et mythologiques furent transformées en construction raciale.

Il est essentiel de rappeler :

  • “Arya” signifiait “noble” dans un sens culturel ancien.
  • Il ne désignait pas une race.
  • Les théories raciales nazies sont pseudo-scientifiques et sans fondement historique sérieux.

La recherche contemporaine montre un monde ancien fait de brassages, non de pureté.

🌿 Un héritage vivant

Aujourd’hui :

  • Le farsi conserve des structures grammaticales indo-européennes anciennes.
  • Le français, via le latin, porte aussi cet héritage.
  • Certains mots persans sont entrés durablement dans notre langue : paradis, caravane, divan.

Le lien n’est pas politique.
Il n’est pas idéologique.
Il est linguistique, historique et culturel.

Conclusion : deux extrémités d’un même tronc

L’Iran et la France sont comme deux branches éloignées d’un arbre très ancien.

Séparées depuis des millénaires,
elles se sont retrouvées à plusieurs reprises :

  • par les migrations des steppes,
  • par les Alains en Gaule,
  • par la diplomatie moderne,
  • par les échanges intellectuels.

Loin des fantasmes, l’histoire révèle une réalité plus subtile :
celle d’une mémoire commune inscrite dans les mots.

Et parfois, il suffit de comparer mādar et mère pour entendre, à travers les siècles, l’écho discret de cette parenté oubliée.


Si vous le souhaitez, Francis, nous pouvons transformer ce texte en version plus littéraire, ou plus académique avec références historiques précises.