Les bazars persans
Ils formaient un système économique d’une sophistication remarquable, bien antérieure à l’essor du commerce mondial moderne. Ils combinaient routes caravanières internationales, réseaux de grossistes, spécialisation par métiers et même des formes primitives d’investissement. Voici une synthèse structurée, appuyée sur les sources disponibles.
1. Un carrefour mondial avant l’heure
Les bazars d’Iran étaient intégrés aux grandes routes commerciales, notamment la Route de la Soie.
Selon les sources, ils recevaient quotidiennement des marchandises venues de Chine, d’Asie centrale, d’Anatolie et d’Europe, via les caravanes qui reliaient Samarcande, Boukhara, Istanbul ou Turkestan.
Fonctionnement :
- Les caravanes arrivaient dans les caravanserails, intégrés au bazar ou à proximité.
- Les marchandises étaient vendues à des grossistes (bazaari), qui les stockaient puis les redistribuaient aux détaillants dans les allées spécialisées du bazar.
- Le bazar formait ainsi une ville dans la ville, avec ses propres règles, institutions, mosquées, écoles et bains.
2. Une spécialisation poussée : le bazar comme “écosystème économique”
Les bazars iraniens étaient organisés en raasteh (allées spécialisées par métier) et en chaharsoo (carrefours centraux).
Exemples de spécialisations :
- Allée des bijoutiers
- Allée des tisserands
- Allée des menuisiers
- Allée des épiciers
- Allée des parfumeurs
- Allée des marchands de tapis
Cette organisation permettait :
- une concurrence régulée (les artisans se surveillaient entre eux)
- une transparence des prix
- une qualité contrôlée par les guildes
- une efficacité logistique (chaque métier regroupé dans un même espace)
Les bazars étaient donc des clusters économiques avant l’heure.
3. Le rôle social, politique et culturel du bazar
Les bazars n’étaient pas seulement des marchés : ils constituaient le cœur économique et social des villes iraniennes.
Ils étaient entourés de mosquées, écoles, hammams, et servaient de lieux de rencontre, de négociation et parfois de mobilisation politique.
Les grands commerçants étaient souvent membres de sociétés mystiques (soufis) et diffusaient une sagesse ancestrale qui imprégnait leurs actions.
4. Un système proto‑financier : l’argent qui “travaille”
Même si les sources ne décrivent pas une “bourse” au sens moderne, le bazar iranien a bel et bien développé des mécanismes d’investissement et de partage des profits.
Principes :
- Un particulier pouvait confier son capital à un marchand ou à un grossiste.
- Le marchand utilisait cet argent pour financer ses achats de marchandises.
- Les bénéfices étaient partagés selon un contrat moral ou écrit.
Ce système s’apparente à :
- la mudaraba (contrat d’investissement islamique)
- une forme précoce de capital‑investissement
- un fonds de roulement collectif
Les bazaari formaient ainsi une classe marchande structurée, influente et capable de financer des activités économiques à grande échelle.
5. Pourquoi ce système préfigurait le commerce moderne ?
Parce qu’il combinait déjà :
- globalisation (flux Chine–Asie centrale–Europe)
- logistique intégrée (caravanserails + grossistes + détaillants)
- spécialisation sectorielle (allées par métiers)
- finance participative (investissement et partage des profits)
- régulation communautaire (guildes, normes, arbitrage)
En d’autres termes :
le bazar persan était un prototype de plateforme commerciale mondiale, bien avant les ports marchands européens ou les bourses modernes.
Anecdote
J’ai vu les commerçants manipuler les bouliers plus vite que les calculatrices et jongler avec des liasses de billets énormes sans commettre d’erreur. Un talent impressionnant et surtout une politesse, un sens commercial rarement rencontré ailleurs


